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APAD

La gestion du parasitisme en ACS
Focus sur les Ray-Grass et les vulpins

Date de publication : 09/10/2023

La gestion des adventices est l’une des problématiques les plus souvent évoquées par les agriculteurs en Agriculture de Conservation des Sols. En effet ne pas toucher le sol évite de favoriser la germination des adventices mais peut aussi sélectionner des espèces différentes des systèmes conventionnels. De plus, voulant copier le système naturel tout en produisant des matières premières de qualité, les agriculteurs essaient de diminuer au maximum tout intrant chimique de synthèse.

Cependant, il existe aujourd’hui des impasses techniques pour quelques adventices et il faut actionner de nombreux leviers pour obtenir une situation gérable

Dans cet article nous souhaitons apporter un focus particulier sur 2 de ces adventices à problème : les Ray-Grass et les vulpins et en présentant des solutions originales, innovantes qui ont permis d’obtenir dans un contexte pédoclimatique particulier, des résultats intéressants. Ils demandent donc à être confirmés mais peuvent servir de réflexion à chaque agriculteur confronté à ces problèmes.

Retour d’expériences d’actions menées dans le Perche

1 - Gérer les graminées avant et dans la culture

En culture (céréales notamment), plusieurs leviers peuvent être envisagés pour gérer le ray-grass :

  • Mettre en place des couverts étouffants / allélopathiques, pour semer sa culture sur une parcelle propre. En été, utiliser des couverts comme du sarrasin (allélopathie) ou du sorgho fourrager (étouffant).
  • Choisir des variétés à développement rapide et à port couvrant.
  • Fertiliser au semis (sur le rang) pour booster la culture au détriment des adventices.
  • Retarder les dates de semis pour casser les cycles mais il faut faire attention aux dates de récoltes !
  • Passer une herse étrille.
  • Anticiper les désherbages : Dans les céréales, désherber dès la sortie de la première feuille, pour toucher des plantes encore fragiles. Appliquer un antigerminatif en 2 fois (à l’automne, puis en sortie d’hiver, avant la fertilisation), permet de contrôler les germinations de ray-grass au printemps.

2 - Diminuer la pression grâce à la rotation

La rotation est l’approche agronomique la plus pertinente pour gérer le salissement à long terme. Pour les ray-grass et vulpins, le retour trop régulier de céréales à pailles induit un salissement. Casser les cycles de levées et les périodes de destructions en utilisant des cultures différentes permet de limiter voire de réduire le salissement des parcelles.

Deux cultures d’été à suivre (Maïs/Maïs, Tournesol/Maïs) vont permettre de très bien gérer les graminées d’automne et ça, deux années de suite.

Même approche pour une succession Protéagineux/Colza : la date de semis tardive du protéagineux permet de détruire au semis une bonne partie des levées qui ont déjà eu lieu.

La date de semis précoce du colza suivant permet de jouer sur la concurrence entre le colza et les graminées. Dans ce cas, les herbicides en cultures font aussi partie de la gestion long terme (Anti graminées foliaires).

3 - Optimiser le fonctionnement du sol (d’après les travaux de G.Ducerf)

D’après Gérard Ducerf, la présence des adventices est souvent due à des déséquilibres chimiques ou des problèmes de structure du sol. Pour ce qui est du vulpin, sa présence est due à des sols dégradés, lourds, et en excès de magnésium (Mg). Le ray-grass se retrouve dans les sols limoneux, humides, compactés. En effet, la compaction de surface ne gêne pas le RG car son système racinaire chevelu et dense rétablit une structure aérée « couscous ».
Finalement, le RG est souvent vu comme une problématique mais il apporte des solutions agronomiques sur certains sols, car il ramène et surtout maintient une structure de surface qu’aucun matériel de travail mécanique ne pourra fournir aussi finement...

Mais il est également possible, pour remédier à la compaction de surface, d’apporter du calcaire actif (CaCo3), un amendement cru, à raison de 1 t pour 10% d’argile, afin d’alléger les sols et réduire l’anaérobie, propice à la levée de dormance des ray-grass et vulpins.
Le rapport Potasse sur Magnésium (K20/Mg2) doit être égal à 2 pour limiter l’enherbement.

4 - Revoir son système pour contrôler le salissement

Les échanges entre pairs montrent que les systèmes les plus résilients en terme de gestion de l’enherbement sont les systèmes d’élevages. L’intégration de prairies permet de gérer les populations d’adventices par la fauche et diminue la pression.

Une rotation sur 4 ans de prairies / Maïs /Maïs / Blé /Orge limite le salissement des parcelles. S’il n’y a pas d’élevage sur la ferme ou dans les environs, il est aussi possible d’essayer une valorisation par la méthanisation.
Sans aller jusqu’à faire tourner des prairies de 4 ans sur sa ferme, la gestion ponctuelle d’une situation grave peut s’envisager avec une année de mise en herbe : le semis de ray-grass cultivé est un bon moyen de diminuer la pression.

Le ray-grass semé (hybride ou italien) va concurrencer le ray-grass sauvage et limiter son développement, tout en étant plus facile à détruire quand c’est nécessaire. Faire 3 à 4 fauches sur l’année épuise les ray-grass sauvages résistants, qui deviennent plus sensible à la destruction chimique. Une fois le ray-grass récolté et détruit, faire suivre une culture de printemps ou un protéagineux, pour pouvoir gérer les éventuelles repousses.

Dans le même esprit que l’utilisation du ray-grass cultivé, la mise en place de cultures pérennes (porte-graines ou fourragères) peuvent aider à diminuer la pression : Trèfles, luzerne, dactyle, fétuque...
D’après plusieurs retours d’expériences (pionniers du système, plateformes d’essais...) la mise en place de système en couverts permanents de légumineuses permet de limiter le salissement des parcelles par la concurrence forte des plantes pérennes. Attention cependant à bien choisir son couvert permanent pour ne pas pénaliser les cultures.

5 - La gestion des menues pailles pour contenir le salissement.

Qu’en est-il de la gestion des menues pailles ?

Plusieurs propositions de gestion ont été suggérées :

  • La récupération lors de la moisson, très efficace mais qui nécessite un fort investissement sur la moissonneuse.
  • Le broyage des menues pailles à la sortie du batteur, qui peut être efficace mais nécessite là aussi des adaptations (deuxième broyeur).
  • L’export des menues pailles avec la paille, en recrachant les menues pailles sur l’andain. Cette méthode nécessite aussi une adaptation sur la moissonneuse, mais moins couteuse et plus simple que les deux précédentes.
  • Faucher haut, pour avoir moins de paille, et donc moins de menues-pailles issues de la culture (débris). En réduisant le volume de menues pailles, les graines d’adventices seront alors mieux éparpillées, et donc mieux prédatées/détruites.

Les différents leviers abordés ici sont bien sûr à combiner pour une gestion optimale des adventices. Ces propositions ne sont pas des méthodes miracles, mais bien des pistes à travailler pour obtenir des résultats sur le long terme. Ce sont les essais menés par les agriculteurs qui permettront de cibler de mieux en mieux les pratiques les plus pertinentes.